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“Beirut Hotel” | Rencontre avec Darine Hamze

BEIRUT HOTEL de Danielle Arbid.
Beyrouth. Une nuit. Un homme et une femme. Elle, c’est Zoha, une jeune chanteuse libanaise au bord de la crise conjugale. Lui, c’est Mathieu, un avocat français en voyage d’affaire au Proche Orient, un homme au bord de la crise diplomatique. Une histoire d’amour sur fond de désir, de peur, d’intrigue et de violence dans un pays au bord de la crise existentielle.
A l’affiche de ce dernier opus de Danielle Arbid, l’acteur français Charles Berling et l’actrice libanaise Darine Hamze.
Coup de projecteur sur une actrice désormais incontournable de la scène régionale.
Darine Hamzé, action !
Darine Hamze, qui êtes-vous?
Il est tellement difficile de parler de soi ! Disons que je suis une actrice libanaise et que le travail est ma passion.
Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Mon entourage me décrit comme étant mystérieuse. Je pense que le mystère sied beaucoup au jeu d’acteur. Je viens du théâtre certes mais avec le temps j’ai ressenti une forte attirance vers le cinéma. J’aime la caméra. Je me sens beaucoup plus à l’aise devant une camera que sur une scène de théâtre.
Pourquoi ?
Au théâtre il faut grossir le mouvement, la voix pour que l’émotion atteigne l’auditoire : il faut donner à voir. Au cinéma, le travail se fait à l’intérieur. En faire le moins possible pour transmettre plus d’émotion. La caméra vient vers moi, en moi. Elle découvre, dénude et devient un peu le rayon X de l’âme. Je la sens. Elle m’observe, me scrute et s’approche de moi : c’est une véritable histoire d’amour !
Que ressentez vous au premier jour d’un tournage ?
Un trac énorme ! Mais le trac pour moi, c’est l’envie. Il est essentiel.
Et quand le réalisateur prononce le mot magique ?
Action ! Le trac disparaît. Il n’y a plus que le temps de l’histoire qui compte, le temps de mon personnage, l’instant ! Action ! On oublie le monde qui nous entoure et on devient le personnage, sa vérité, car c’est avant tout une question de sincérité.
Qui est votre personnage, Zoha ?
Zoha est une chanteuse libanaise. C’est une femme qui vit en conflit avec elle-même. Elle est en doute permanent sur sa carrière. Autre conflit : son mari qui la trompe. C’est le désamour. Sa vie est en panne quand soudain apparait un étranger. Elle s’embarque avec lui dans une histoire d’amour… mais je ne raconterai pas la suite !
Un rôle peu il vous habiter longtemps après un tournage ?
Le personnage reste en nous car nous avons vécu des choses ensemble. Mon personnage et moi aimons, pleurons, rions ensemble. Il m’arrive de ressentir des choses que je n’ai jamais ressenties auparavant. Tout cela laisse des traces en moi. Il m’arrive souvent après un tournage que mon personnage me manque. Au dernier jour je me dis que ses habits vont me manquer, son rouge a lèvre, ses sentiments.
Des vies multiples ?
Des mémoires multiples.
Si je vous dis Danielle Arbid ?
Je vous réponds : sensibilité, esthétique, intelligence du détail. Danielle sait très bien où elle va. Ce qui est beau dans son travail, c’est l’espace de liberté qu’elle donne à ses acteurs. La scène commence, la structure est donnée mais c’est à l’acteur de donner de lui-même, d’improviser. Il m’arrive parfois d’en faire trop ou bien d’en faire trop peu, mais Danielle veille. Elle reprend, donne des indications. Le rôle du réalisateur est d’accompagner l’acteur, de lui frayer un chemin. A l’acteur de tout donner, de donner de la vérité. Avec Danielle, nous avons emprunté le même chemin. J’espère que le spectateur nous suivra !
Quelques mots sur son cinéma ?
Le cinéma de Danielle Arbid est un cinéma qui ose. Mais c’est avant tout un cinéma sensible, intuitif, très fort visuellement. Il émane de la vie, du réel. C’est aussi un cinéma très personnel. On reconnait vite le style Danielle Arbid, sa poésie. Danielle est une personne extrême. Elle n’aime pas les entre deux, la tiédeur. C’est ce qui la rend unique !
Vous êtes vous sentie en danger sur ce film ?
Oui. En tant que femme arabe, le tabou, la crainte d’incarner quelque chose qui rebuterait le spectateur.
Quelque chose…?
Les scènes d’amour. Même si le travail était très professionnel, il n’est pas facile d’aimer une personne en un instant, le temps d’une scène. L’amour se passe le temps de l’action et à la seconde où le réalisateur prononce le mot « Coupez ! », on sort de son personnage. C’est un métier de fous. En tant qu’actrice travaillant dans le monde arabe, on réfléchit par deux fois avant de se lancer dans un tel projet mais Danielle m’a convaincue. Je suis une actrice qui aime les défis. J’ai déjà joué le rôle d’une espionne israélienne ; pour d’autres rôles, j’ai porté le voile. J’aime les personnages qui ne me ressemblent pas. Convaincre le spectateur en interprétant quelqu’un que je ne suis pas dans la vie… c’est ce genre de défi qui m’attire. Pour la nudité, j’ai d’abord lutté contre moi-même. Mais au final, c’est mon métier. Ma mission est de transmettre un état, un sentiment à travers le personnage que j’incarne. Mais j’ai des limites comme le nu complet.
Jamais ?
« Est-ce que je peux convaincre, servir mon personnage » ? Telle est la question que je me pose. Si le nu est indispensable à la dramaturgie et à la vraisemblance de mon personnage, je pense ne pas avoir de problème. Mais je suis contre le marketing du nu pour attirer le spectateur ; faire du nu pour vendre du pop corn. Je lutte contre cette exploitation du corps de la femme.
Votre ambition?
Faire rêver ! Que ce soit de l’amour ou de la haine : garder une trace chez le spectateur !
Quel est votre rôle rêvé?
Tout ce que je n’ai pas encore joué. Les rôles de méchants, les rôles de composition, les troubles mentaux. En un mot : les défis ! Je n’aime pas me répéter dans mon jeu. Je n’aime pas le confort !
Si je vous dis Charles Berling?
Un grand acteur, une belle alchimie! J’ai été très heureuse de travailler avec lui. Il m’a énormément aidé dans les scènes difficiles.
Si je vous dis « Beyrouth » ?
Défi et femme éternelle !
Si je vous dis cinéma ?
Ma plus belle vie ! Celle où résident tous mes rêves.
Entretien réalisé par Nasri N. Sayegh pour le ELLE Orient 08 / 2011